susana alonso legarra
 

 La motivation n'est pas une cause qui corresponde logiquement à un effet: c’est une impulsion qui se transmet et perdure dans le geste qui forme l’image. On peut la lire et la sentir dans la vibration des lignes et dans la phosphorescence des couleurs. Ce sont des œuvres en expansion, des œuvres vitales dans lesquelles la matière se croise et s’emmêle. Des conflagrations génératrices de plaisirs qui se déchaînent par à coups, à base de poussées instinctives. Des jeux créatifs, des diversions magiques à travers la lumière et les ombres, ou dans l’air et dans l’eau.
On peut la définir comme une peinture en action, réalisée et obtenue à distance. Une masse en fusion qui s’étend sur la toile, qui se convertit en carrefour de toutes les sensations. Des sensations en suspens, des métaphores visuelles qui dansent autour des hommes, du désir et de la réalité construite. L’air se remplit de constructions vaporeuses et légèrement humides, partout, les fluides émergent à la surface tels un magma en mouvement...>>>
Une peinture en action, et non un moment pratique ou opérationnel d’un processus intellectuel ou de connaissance, mais comme explicitation d’une impulsion intérieure. Le tableau n’est autre que l’espace dans lequel l’action s’explique. Il n’exprime ni ne représente aucune réalité, subjective ou objective: il décharge une tension accumulée par l’artiste. C’est une action non préméditée et critique, confrontée et opposée à une société où tout est planifié. Un point d’inflexion qui permet de s’élever au-dessus de la ligne de l’horizon en utilisant des éléments abstraits, aussi abstraits que les rêves et les désirs qui luttent pour changer ce qui existe, pour découvrir l’inconnu, pour sortir d’eux-mêmes et pénétrer dans un autre milieu.
Ces approches de Susana Alonso aux origines, à l’essentiel, avec leurs excès de signifiants et la renonciation aux significations rationnelles constituent une rencontre avec l’authenticité des instincts.
Une appropriation délibérée des valeurs mythiques et magiques, un exercice de liberté et une recherche d’identité constante. Quelque chose comme laver la vie dans le flux du temps. Miroirs et spectres, ornements aussi. Je cite Walter Benjamin:"Les ornements sont les maisons de l’esprit".
Ce retour au contact direct avec le désir, où la peinture devient clairement ludique, émanant de l’émotion, s’éloigne de séries antérieures,...
Artemis Olaizola

La fissure, la dépression, l'été, l'ennui. Ce que j'observe , sachant que la recherche de la cohérence est propre à Autrui. Je viens compiler et prend sens la dépression et l'eau, le liquide et sa fissure. Les empreintes de l'échec depuis 1994. Jeux d'eau 1995- Rien ne se passe sans laisser une empreinte. Ces rides montrent notre processus, oxydation et usure; tout compte, tout se vaut, tout s'assume gràce à la transparence de la matière et de l'action. L'empreinte se fait seule, le tissu qui s'abâtardi avec les sédiments, le temps laisse une marque indélébile sur notre peau et sur les superficies que l'on habite. Tout s'érode autour de nous. Devenant la forme la plus pure et la plus stable. Que les liquides se détiennent et deviennent solides et que les solides ne soient pas si rigides. 

Susana Alonso

Trace, pulsion graphique et processus sont les axes qui enveloppent cette résidence artistique à NOUAISON Pujols, dont le but est d’utiliser comme pigments les résidus que la vinification engendre : des résidus solides (marcs de raisins) et liquides (lies de vin et bourbes), appelés « sousproduits vinicoles », qui, conformément à la réglementation européenne, doivent être éliminés dans le respect de la réglementation environnementale. Susana fait le lien et intervient dans la prestation vinique, le parcours de ces résidus vers la Distillerie vinicole.

KATY BETOTE, agent artistique à Nouaison.

La dialectique de la peinture et du lieu est toujours une opération mystérieuse . Surtout s’il est question de mettre en jeu la présence et l’étendue . Autrement dit ne pas faire semblant , sortir du décoratif ou du formalisme. L’émotion tient aussi au risque pris . Refuser des effets faciles qui flatteraient le local en détriment du ressenti. La peinture cherche toujours à extraire le regard d’une quiétude retenue par la convention. Sans doute est ce le corps à corps avec la toile qui ne permet aucune faiblesse, au risque de devoir jeter ce qui ne prend pas, peut être faut il parfois intervenir après, dans un second regard , pour travailler le détail des surfaces , rendre apparent ce qui a surgi presque indistinct et que la lumière dissimule , extraire l’épouvante et la joie. Le château de Pujols offre un exemple parfait d’équilibre entre ses murs magnifiques et ces toiles qui y trouvent un recueil nécessaire. Souvent la peinture demeure extérieure au spectateur qui peut continuer sa conversation ordinaire . Toute autre est la sensation physique qui met en jeu étrangement la dimension tactile des choses comme si enfin la contact pouvait se faire avec ce réel diffus dont nous demeurons distant. Ainsi nous ne sortirons pas indemne de cette rencontre qui nous oblige à voir et nous provoque à peindre depuis le lieu où nous sommes ainsi projetés.

MICHEL ALLEGRE- Artiste plasticien et docteur en Psychiatrie

Susana Alonso fixe dans ses peintures « géologiques » l'expérience vécue dans les lieux et les paysages qu'elle habite. A l'ère des médiums numériques qui tendent à dissoudre le lien physique entre l'image et le médium qui la véhicule*, cette série d'expositions propose de réactiver l'idée de trace et de pulsion graphique. Elle nous rappelle que l'histoire de l'image est avant tout une histoire de corps.
* Hans Belting, Pour une anthropologie des images, éditions Gallimard 2004, p.54

CHRISTINE PEYRISSAC 

L’opacité cohabite avec la transparence, la transparence avec le tamis translucide. Le tamis translucide avec la fuite, la fuite avec l’esprit d’invisibilité. L’esprit d’invisibilité avec le cours de l’eau.
Mais où est l’eau ?
L’eau qui était là avant, demeure sous la forme de son négatif.
Désormais nous voyons la main dans l’eau. La main, trois ou mille mains avancent chargés de couleur et la conduisent – comme un sourcier – jusqu’au lieu réservé pour s’y résoudre.
Alors cette main qui n’y est plus, survit à son tour sous la forme de son propre négatif.
Sur ce séchoir, le langage renforce le paradoxe de la condensation et de l’évaporation.
Les questions que les yeux formulent semblent l’humidifier de nouveau, et ces flaques nous donnent des réponses vivifiantes. En même temps, le grand soleil de l’œil, avide de gravité, soulève les tissus d’eau et nous retourne la question. La peinture de Susana Alonso nous invite à une cérémonie artérielle du secret. Et dans tout secret, la question contient en elle-même la réponse.

MENCHU GUTIERREZ – écrivaine